La traduction face à la "pesée culturelle"

Résumé : La traduction face à la complexité culturelle Atelier de Traduction, n° 27, dirigé par Henri Awaiss Réponses de Nicolas Froeliger, nf@eila.univ-paris-diderot.fr Atelier de Traduction : En traduction peut-on laisser la machine faire son travail sans la pesée culturelle ? Nicolas Froeliger : À toute question traductologique, on peut commencer par répondre par tout dépend — ce qui peut aussi constituer un moyen de ne pas répondre… Essayons tout de même. On serait a priori tenté de rétorquer non, bien sûr !, au motif que la traduction, c'est du culturel avant d'être du linguistique (on traduit avec la langue ; on ne traduit pas la langue), mais il y aura forcément des exceptions. Tout dépend en effet de la visée du texte à traduire : quelle est sa fonction, dirait Hans Vermeer ? Il faut ensuite observer que cette question laisse de côté la traduction littéraire. Elle ne peut porter que sur les documents présentant une certaine redondance, qui les rende traitables par la machine : les textes pragmatiques, et en particulier techniques. Or, lorsque leur écriture le permet, ceux-ci peuvent bel et bien être traduits automatiquement — et de mieux en mieux. L'intervention humaine a alors lieu avant la traduction automatique (pré-édition), ou après (post-édition). La question devient ainsi, comme l'avait observé Marie-Claude L'Homme, de savoir qui est au centre de la procédure : la machine ou le traducteur/la traductrice ? Qui a la maîtrise du processus ? Qui répondra de la qualité du produit à l'arrivée ? Comment, aussi, se répartira la valeur ajoutée entre traducteurs et prestataires informatiques ? Et bien sûr, les textes concernés ne représentent qu'une partie (grandissante, mais encore très réduite) du marché de la traduction pragmatique. Au-delà, on peut se demander si la division des rôles sous-entendue par la question (à la machine les aspects linguistiques ; aux traducteurs l'adaptation culturelle…) est totalement réaliste. Elle vaut certes pour la traduction automatique des premières générations, celle dite à base de règles, mais ne peut-on pas imaginer qu'une mémoire de traduction correctement alignée dans un domaine donné permette, en usant de la traduction automatique statistique hybride (et, demain, par réseaux neuronaux) par simple récurrence statistique, de traiter le culturel sans intervention humaine ? Mon avis personnel est qu'il importe de faire en sorte que l'essentiel de la responsabilité repose sur les traducteurs : c'est l'humain qui doit primer. Pas seulement parce que c'est bon pour les traducteurs, mais surtout car c'est nécessaire pour la société tout entière. Et cela suppose d'avoir — et d'enseigner — une vision large des compétences nécessaires en traduction. Qui nous permette d'intervenir à la fois sur les aspects informatiques et sur la pesée culturelle, les moyens linguistiques n'étant dans cette affaire qu'un outil parmi d'autres, même s'ils sont essentiels. Atelier de Traduction : Y at -il conflit entre numérique et culturel, les « noces » entre eux seraient-elles envisageables ?
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Contributor : Nicolas Froeliger <>
Submitted on : Friday, March 16, 2018 - 2:36:40 PM
Last modification on : Friday, January 4, 2019 - 5:33:30 PM
Long-term archiving on : Tuesday, September 11, 2018 - 2:00:48 AM

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Nicolas Froeliger. La traduction face à la "pesée culturelle". 2017. ⟨hal-01735873⟩

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