Quelques problèmes métalinguistiques posés par les logiciels de visualisation de la parole

Résumé : Cette contribution se propose d'examiner les conséquences d'une linguistique « outillée » sur le métadiscours phonétique. Que change au métadiscours sur l’oral l’émergence de logiciels qui permettent de « voir » des manifestations du langage ? On s'attachera ici au métalangage didactique-scientifique des énoncés oraux, par exemple lorsque le linguiste cherche à décrire les réalisations phonétiques à partir de logiciels de visualisation de la parole type Praat (Boersma 2001). Je vais décrire des lieux d’hétérogénéités dans le métadiscours, où l'opacité métalinguistique tient à la médiation entre les figures de la langue-objet et leur médiation numérique avant restitution discursive. Les types d'hétérogénéité envisagés sont d’ordre sémiotique (médiation par une visualisation), mettant en jeu un rapport à l'objet (le signal étudié par le linguiste, les visualisations possibles du signal permises par le logiciel, la mise en mots de l’analyse phonétique). Je soutiendrai que ce type de logiciel déplace les problématiques sans complètement les résoudre. J’expliquerai les objets visualisables par ce type de logiciel et prendrai des exemples dans différents domaines où l’analyse peut se déployer : les phones, les syllabes et la prosodie. Les représentations visuelles des spectrogrammes et les valeurs quantitatives extraites par le logiciel tendent à se substituer aux transcriptions serrées fines reposant sur l’alphabet phonétique international. Je montrerai comment la lecture et l'interprétation des spectrogrammes (bandes étroites ou larges) s'est substituée aux différents degrés de précision de la transcription serrée en symboles API. Je prendrai l’exemple de l’aspiration ou de la pré-aspiration et expliquerai ce que deviennent les diacritiques de l’API. J’analyserai des conventions d’annotation d’un corpus pour interroger la signification d’une codification des liaisons. Je détaillerai les conséquences de la représentation horizontale des segments et des syllabes indexée sur l'axe du temps. Je montrerai que la visualisation du signal ne met pas fin aux ambiguïtés des formulations (Huart 1997) mais qu’elle ajoute un niveau de variabilité dans les réglages du logiciel. Je prendrai quelques exemples de choix éventuels de stylisations des courbes phonétiques. Il s’agit d’examiner, dans la troisième révolution de la grammatisation (Auroux 1994) en train de s'écrire, les conséquences théoriques du rapport à la langue-objet et à ses composantes les plus matérielles de son support physique (le fichier son de l’enregistrement). La question métalinguistique est celle de l’accès au réel de la langue (la caractérisation phonétique d’une réalisation n’est pas homomorphe du signal) au sein d'un dispositif complexe. Il convient de circonscrire l'émergence d'artefacts du logiciel au sein d'une linguistique de corpus qui se penserait imperméable à toute question métalinguistique.
Type de document :
Pré-publication, Document de travail
Colloque "Le métalinguistique comme source et lieu d'hétérogénéités", Paris Ouest Nanterre La Déf.. 2015
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Contributeur : Nicolas Ballier <>
Soumis le : lundi 7 décembre 2015 - 13:58:01
Dernière modification le : jeudi 15 novembre 2018 - 20:27:34

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  • HAL Id : hal-01239093, version 1

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Nicolas Ballier. Quelques problèmes métalinguistiques posés par les logiciels de visualisation de la parole. Colloque "Le métalinguistique comme source et lieu d'hétérogénéités", Paris Ouest Nanterre La Déf.. 2015. 〈hal-01239093〉

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