Langues de spécialité, corpus et traductologie : un manque de lisibilité ?

Résumé : On
 peut
 en
 effet
 s’interroger
 sur
 les
 relations
 entre
 l’étude
 des
 langues
 de
 spécialité
 par
 la
 linguistique
 de
 corpus
 et
 la
 traductologie.
 Pourtant,
 depuis
 bientôt
 une
 vingtaine
 d’années
 (Aston
 1999),
 la
 linguistique
 de
 corpus
 s’intéresse
 à
 la
 traduction,
 et
 de
 plus
 en
 plus
 à
 la
 traduction
spécialisée,
de
diverses
manières.
C’est 
toute 
une 
école
 qui
s’est 
développée
 pour
 répondre
 à
 cette
 question,
 notamment
 dans
 les
 conférences
 CULT
 et
 TaLC.
 Nous
 nous
 intéressons
 ici
 à
 ce
 que
 l’on
 appelle
 la
 traduction
 spécialisée,
 ou
 plutôt,
 la
 traduction
 pragmatique,
dont 
l’objectif 
est 
d’être
 le
 plus 
claire 
possible 
pour
 le 
destinataire 
et 
de
 tenir
 compte
 de
 ses
 attentes.
 L’apport
 de
 la
 linguistique
 de
 corpus
 en
 traductologie
 est
 double.
 D’une
 part,
 on
 peut
 chercher
 à
 décrire
 la
 langue
 des
 textes
 traduits
 comme
 étant
 un
 troisième
 code
 que
 l’on
 peut
 différencier
 de
 la
 langue
 originale
 à
 l’aide
 de
 la
 méthodologie
 de
 la
 linguistique
 de
 corpus
 (Baker
 1999).
 L’analyse
 de
 corpus
 permet
 aussi
 de
 vérifier
 les
 préférences
 de 
choix 
entre
 deux
 structures 
quasiment
 similaires 
d’une 
langue 
à 
l’autre 
et 
de
 montrer
 que
 l’une
 ne
 traduit
 pas
 toujours
 l’autre
 (Loock
 2013).
 D’autre
 part,
 la
 linguistique
 de
 corpus
 représente
 une
 approche
 permettant
 d’éveiller
 la
 conscience
 linguistique
 des
 traducteurs,
 d’améliorer
 leurs
 stratégies
 de
 traduction
 et
 représente
 un
 outil
 complémentaire
 aux 
dictionnaires
 ou
 aux 
bases
 de
 données
 en 
ligne.
 Un
 traducteur 
formé 
à
 cette
 approche
 devrait
 être
 capable
 d’une
 part
 de
 relever
 immédiatement
 les
 difficultés
 posées
 par
 un
 texte
 source,
 mais
 aussi
 de
 trouver
 les
 informations
 indispensables
 à
 une
 bonne 
traduction
 pragmatique.
 Les 
types
 de 
corpus
 dont
 le 
traducteur 
peut 
faire 
usage 
sont
 variés.
 Il
 peut
 tout
 d’abord
 utiliser
 les
 corpus
 dits
 de
 référence,
 comme
 le
 BNC
 et
 le
 Coca
 pour
l’anglais, 
 le 
Cosmas
 pour
 l’allemand
 ou 
Frantext 
et 
le 
corpus
 français
 de 
Leipzig 
pour
 le
 français.
 Cependant,
 ces
 gros
 corpus
 de
 référence
 ne
 sont
 pas
 disponibles
 dans
 toutes
 les
 langues.
Il
 faut 
donc 
compenser 
leur 
absence
 par
 l’utilisation
 d’outils
 d’interrogation
 du 
Web
 comme
 corpus
 comme
 SketchEngine
 ou
 WebCorp
 par
 exemple.
 Par
 ailleurs,
 les
 corpus
 parallèles
 peuvent
 constituer
 une
 source
 inépuisable
 d’informations
 bilingues;
 cependant,
 outre
 la
 question
 de
 la
 fiabilité
 des
 traductions,
 se
 pose
 aussi
 le
 problème
 du
 manque
 de
 disponibilité
 de
 ces
 corpus
 dans
 les
 différentes
 langues
 et
 du
 temps
 et
 des
 techniques
 nécessaires
 à
 leur
 compilation.
 On
 peut
 les
 remplacer
 par
 ce
 que
 l’on
 appelle
 des
 corpus
 comparables,
 qui,
 grâce
 aux
 outils
 de
 compilation
 de
 corpus,
 se
 construisent
 relativement
 facilement
 de
 nos
 jours.
 L’apport
 de
 l’analyse
 sur
 corpus
 permet
 à
 un
 traducteur
 de
 s’approprier 
le 
domaine
 dans
 lequel 
il 
traduit 
en 
recherchant
 des
 contextes 
définitoires 
grâce
 à
 des
 marqueurs
 linguistique
 spécifiques.
 Il
 peut
 ensuite
 bien
 sûr
 travailler
 sur
 la
 validation
 de 
termes
 spécifiques 
dans 
la 
langue
 source
 et 
trouver 
des
 équivalents 
dans
 la 
langue
 cible.
 Enfin,
 l’analyse
 sur
 corpus
 amène
 à
 éviter
 les
 erreurs
 de
 collocations,
 permettant
 ainsi
 au traducteur
 de
 rendre 
sa 
traduction 
la 
plus 
idiomatique
 possible 
dans
 la 
langue
 cible.
L’analyse
 de
 corpus
 peut
 aider
 un
 traducteur
 à
 repérer
 des
 phénomènes
 comme
 la
 prosodie
 sémantique,
difficile 
à 
traduire,
 mais 
indispensable 
à 
respecter. 
Par
ailleurs,
 la 
linguistique 
de
 corpus
 amène
 à
 constater
 des
 évolutions
 linguistiques
 ou
 des
 modifications
 dans
 le
 comportement
 de 
certains
 mots 
(Hunston
2007),
 que
 l’intuition 
seule
 ne 
peut 
pas 
forcément
 percevoir.
 On
 peut
 donc
 dire
 que
 non
 seulement
 la
 linguistique
 s’interroge
 et
 tente
 d’apporter 
des 
réponses 
à 
ce 
qu’est 
la 
traduction,
 mais
 aussi, 
et 
surtout,
 que
 la 
linguistique
 de 
corpus 
représente
 un 
tournant 
épistémologique 
et 
méthodologique
 dans 
la 
description 
et
 la
 compréhension
 de
 ce
 qu’est
 la
 traduction.
 Reste
 une
 place
 à
 l’invention
 et
 à
 la
 créativité
 du
 traducteur
 que
 l’on
 a
 du
 mal
 à
 cerner.
 Nous
 chercherons
 donc
 à
 rappeler
 ce
 que
 la linguistique
 de
 corpus
 sait
 faire
 pour
 la
 traduction
 spécialisée,
 mais
 aussi
 dans
 la
 formation
 des
 traducteurs,
 afin
 de
 souligner
 ses
 limites,
 les
 lieux
 où
 d’autres
 approches,
 outils,
 explications
 sont 
nécessaires
 pour
 comprendre 
la 
traduction,
 et 
notamment, 
cet 
élément
 un
 peu
 insaisissable
 qu’est
 l’inventivité 
du 
traducteur, 
au
 même
 titre 
que
 l’intuition 
du 
linguiste,
 les
 deux
 pouvant
 d’ailleurs
 mener
 à
 de
 fausses
 voies.
 A
 la
 lecture
 des
 nombreuses
 publications
 du
 domaine,
 on
 a
 en
 effet
 un
 peu
 l’impression
 que
 l’on
 trouve
 tout
 dans
 les
 corpus.
 Nous
 voulons
 poser
 la 
question,
 non 
seulement 
des 
limites 
externes 
des 
corpus, 
qui
 sont
 bien
 connues
 et
 inhérentes
 à
 la
 disponibilité
 des
 textes,
 mais
 aussi
 à
 la
 complexité
 technique
 que 
constitue
 la 
compilation
 de 
certains
 corpus,
 mais 
aussi
 des 
limites 
internes. 
En
 effet,
 si
 la
 traduction
 peut
 être
 considérée
 en
 partie
 comme
 un
 acte
 linguistique,
 elle
 n’est
 pas
 que
 cela.
 L’acte
 de
 traduire
 implique,
 même
 dans
 des
 textes
 extrêmement
 spécialisés,
 une
 connaissance
 générale
 et
 culturelle
 du
 monde
 qui
 ne
 se
 trouve
 peut‐être
 pas
 toujours
 dans 
les 
corpus.
 Il 
implique
 aussi 
une 
certaine 
créativité
 de 
la 
part 
du 
traducteur,
 encore
 une
 fois,
 même
 dans
 des
 textes
 très
 spécialisés.
 Nous
 ne
 prétendons
 pas
 pouvoir
 répondre
 à
 toutes 
ces 
questions, 
mais
 chercherons
 ainsi 
à 
mieux
 cerner 
les 
limites
 de
 la 
linguistique 
de
 corpus
 en
 traduction
 et
 la
 place
 du
 traducteur,
 c’est‐à‐dire,
 du
 facteur
 humain,
 qui
 transgresserait 
les 
tendances
 observées 
par
 la 
linguistique
 de 
corpus, 
dans
 l’acte 
de 
traduire.
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Conference papers
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Contributor : Natalie Kübler <>
Submitted on : Monday, October 19, 2015 - 5:08:09 PM
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Natalie Kübler. Langues de spécialité, corpus et traductologie : un manque de lisibilité ?. Colloque Linguistique et Traductologie : Les Enjeux d’une Relation Complexe, Université de Lorraine, Oct 2013, Nancy, France. ⟨hal-01217544⟩

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